Les demeures philosophales sont des livres d'architectures où l'on trouve des enseignements initiatiques qui se lisent par la symbolique spécifique à l’alchimie, et dont les ouvrages particuliers des auteurs tels Fulcanelli, Canceliet, Cambriel, Grasset d’Orcet, illustrent et décryptent les arcanes si chers aux adeptes. Par contre il ne faut pas imaginer que seuls des cathédrales, palais, demeures particulières ont pu servir de supports aux messages de nos illustres Maîtres. Il existe bien d’autres subtilités pour disposer au regard de l’élève les clefs de la Sciences des Anciens. Une ville toute entière peut correspondre à ces critères et se traduire en principes du Grand Art.

Le hasard d'une promenade nous conduit dans une ville antique dont la plus ancienne attestation de son nom est civitas Sulbanectium qui signifie la « cité des Sylvanectes » et qui remontent apparemment au IIème siècle avant notre ère. Les Sylvanectes étaient l'un des peuples gaulois ayant laissé son nom à Senlis. Senlis, puisqu’il s’agit d’elle, fut ensuite vraisemblablement une fondation romaine, puisqu’elle est appelée alors Augustomagus, le marché d'Auguste, et l'on y a trouvé les traces de temples, de domus et d'un édifice de spectacles antiques, les Arènes. Seules les arènes ont survécu. Au IIIe siècle ou IVe siècle, Augustomagus s'entoure d'une muraille épaisse de quatre mètres et haute de sept à huit mètres, dotée de vingt-huit tours, pour faire face aux invasions barbares.

Ce nombre de Vingt-huit n’est pas sans rappeler le cycle de la lune, 14 jours ascendants et 14 jours descendants. Nombres que l’on retrouve dans la tradition isiaque, puisqu’Osiris fut découpé en 14 morceaux qu’Isis rassembla pour à nouveau recomposer l’unité originelle de son illustre frère-époux.

On pourrait penser à la ville de Jéricho, elle-même «ville de la lune», qui fut peut-être symboliquement construite à la même image. Il semblerait que Senlis s’inscrive dans une géographie sacrée qui définit un culte lunaire à peine occulté.

La magie initiatique fonctionne là où on ne l’attend pas, en tout instant, et s’adresse à toute personne, et rares sont ceux qui prennent conscience que les cérémonies d’investitures s’opèrent partout, chaque jour, en toute circonstance, et tombent sur les épaules d’individus qui n’étaient en rien susceptibles de les recevoir. Il en fut de même pour nous et la circumambulation commença par la lecture des armes de la ville qui se blasonnent ainsi :

Armes de Senlis

De gueules au pal d'or

Et dont la devise :

IGNE ET SANGUINE MEO VICTORIAM GENUI

(J’ai obtenu la victoire par le feu et par mon sang)

Le pal d’or est la verticale, l’axe du monde, qui lie la terre au ciel. On le retrouve sous forme de l’échelle lors de la vision de Beth-El, ou la colonne Aduc Stat bien connue des maçons rectifiés. Il est d’or puisque d’orient.

Nous retiendrons les termes de Victoire, Feu et Sang pour quelque commentaire dans la suite de nos propos.

Pour qui s'intéresse à l'Alchimie, possède quelques notions de Cabale phonétique, et il n'est pas surprenant que le sang et la ville royale symbolisée par des lys soient associés, ce qui donne sang-lys (jeu de mot). Mais on peut imaginer qu'il y ait eu 100 lys, ou pas du tout (sans lys). Le sang en hébreu d'écrit  M D et se prononce DAM (dame). Cette Dame est bien entendu la Grande Dame, l'initiatrice, l'inspiratrice, celle qui est mère et amante, la Reine du Monde, la Grande Déesse.

Nous étions deux récipiendaires en ce jeudi 27 décembre 2012, jour des Saints Innocents si cher à Nicolas Flamel. J’étais l’un d’eux, ma généalogie en guise d’introduction suffira assurément pour toute présentation.

Andréa de Balbi, premier du nom,

Andréa son fils, deuxième du nom,

Andréa son fils, troisième du nom, sous lequel Dieu créa le monde.

La petite étoile qui m’accompagnait, douce inspiratrice de mon âme, et dont les flammes éclatantes avait pour racines le sang support de cette même âme. Ces racines étaient issues du grec nikê et laos, qui composent la forme ancienne Nikolaos signifiant respectivement «Victoire» et «Peuple». Le mystère de notre présence à Senlis expliquerait sans doute l’énigme du Grand Œuvre à lui seul, si l'on pouvait dévoiler e que le divin avait caché. Disons simplement sans nous étendre, qu’il s’agit de la phase dites du Rebis, et qu’à ce stade, l’opération est irréversible et l’état obtenu de la matière reste définitif. Gérard de Nerval, le poète qui parcourut la cité dit d’elle en son poème :

Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ;

Aux enfants qu'elle guide, à l'homme consolé,

Elle élève le cœur et calme la souffrance,

Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.

Gérard de Nerval y situe avec précision, en des lieux minutieusement décrits, les fantasmagories de ses rêves, et c'est ce par quoi il égare si facilement ses biographes. Il plaçait alors la scène à Senlis, le jour des Morts : il venait de rencontrer, sur les marelles d'un prieuré, un groupe de jeunes filles qui chantaient de vieux airs ;

Trois filles dedans un pré,

Mon cœur vole (bis)

Mon cœur vole à votre gré...

« Encore un souvenir», dit-il simplement. Cependant ces voix, ces intonations autrefois entendues, n'évoquent pas ici l'image d'…..... Mais écoutez en quels termes il narre ensuite, l'apparition de Chaâlis :

« J’ai assisté autrefois à une représentation donnée à Senlis, dans une pension de demoiselles. On jouait un mystère, comme au temps passé. La vie du Christ avait été représentée dans tous ses détails, et la scène dont je me souviens était celle où l'on attendait la descente du Christ dans les Enfers, une très belle fille blonde parut avec une robe blanche, une coiffure de perles, une auréole et une épée dorée, sur un demi-globe qui figurait un astre éteint. Elle chantait :

Anges ! Descendez promptement.

Au rond du purgatoire !...

Le premier voyage est une station devant la façade du portail d’occident de la Cathédrale Notre-Dame où nous trouvons des statues en ronde-bosse qui représentent le Couronnement de la Vierge. La Vierge Marie occupe la scène centrale du tympan, elle est assise au côté de son fils, couronne en tête, elle poursuit avec lui un dialogue serein, sous la surveillance de petits anges rieurs et curieux. Elle est le canal de l’Esprit Saint, Verbe fécondant, et le pal de la Lumière incréée qui descend sur la matière divinisée. Feu, dit secret de l’alchimique quête, il est aussi cette petite étoile sans qui le Cherchant ne saurait aboutir.

 

Nerval avait raison car le feu rédempteur

De l'unique passion méritait le séjour,

Au-delà des frontières de la dame de cœur

En un cercle où naissait le miroir de l'amour.

(Andréa de Balbi)

 

photo

A l’intérieur de la Cathédrale un vitrail au midi représente le Roi Saint Louis rendant la justice au pied d’un chêne depuis Vincennes. Ce transparent de la Justice à l’index royal et à l’œil qui veille nous incline à penser que la vertu cardinale voisine avec la Clémence, qualité de la Dame du trumeau et de la petite étoile, et qui est proposé à l’apprenti dès sa naissance.

 

 

 

Le second voyage s’accomplit entre sacré et profane. L’eau ignée du baptême qui servit à se signer selon la formule et le rite apostolique est transformée par la fusion fécondante des énergies cosmo-telluriques dans l’onde puisée à l’origine au puits ou au toul de la lame XVII du tarot de Conver. Les eaux du ciel hivernal qui nous inonde en une précipitation glacée, s’ajoutent aux précédentes, et nos âmes se mêlent en une clarté qui révèle les incohérences de nos désirs.

 

Et Nerval d’ajouter :

 

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.

- Ce n'est qu'après des jours de pluie

Que doit surgir, en un tableau,

Le printemps verdissant et rose,

Comme une nymphe fraîche éclose

Qui, souriante, sort de l'eau.

 

Il est vrai que l’hiver rafraichit les ardeurs, détruit les espérances, et endort les cœurs, ce qui conduit à l’absence, au vide ou à la mort. L’eau attire et nous tire en son sein, c’est ainsi que l’on nait au Ciel quelquefois, et d’autres fois surgissent des miracles que l’on n’attendait plus.

 

Hiver était le seul maître des temps,

Lorsque Vénus sortit du sein de l'onde ;

Son premier souffle enfanta le printemps,

Et le printemps fit éclore le monde.

 

Personne ne vit, personne ne comprit que l’oiseau de la cage venait de s’endormir.

 

Les naufrages du temps ont troublé la mémoire

Et la pluie a caché, et les pleurs et les larmes

Les mêlant dans les eaux qui coulaient vers l'espoir

En cachant le réel pour une vie pleine de charme.

(Andréa de Balbi)

 

Alors la Vierge du Ciel, signe de terre, ouvrit le chemin du troisième voyage, celui de la rédemption qui réveille l’oiseau pour qu’il batte à nouveau des ailes du destin. La cage est l’athanor où murit la complétude qui ne peut s’exprimer que sur terre, et qui spiritualise la matière au profit de nos âmes.

 

A chaque coin de rue, tout d'un coup peut surgir

Le poète qui erre, qui se cache, qui se terre

Qui cherche les moyens de comment réagir

Et qui reste englouti dans l'absolu mystère.

(Andréa de Balbi)

De même Papaguéno dans la Flûte enchantée ayant dit : « Que la terre m’engloutisse plutôt ! » s’enfonce dans le sol.

Il s’ensuivit des agapes non rituelles en un lieu peu connu dénommé « La vieille Auberge », mais qui méritait le détour puisqu'on y trouve les raisons des voyages.

« Que le temps est long» petite étoile !

Les Trois Voyages à Senlis

Trois Voyages à Senlis