Introduction à la Géographie Sacrée

. Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable :

 

«Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas; par ces choses se fondent les miracles d'une seule chose».

 

 

Ainsi débute la TABLE D'EMERAUDE attribuée à HERMES TRISMEGISTE. Ce qui existe ici bas est la projection des niveaux supérieurs. L'Alchimiste qui désire accéder à des champs de conscience hors de notre monde et qui ne connaît, ni le laboratoire, ni l'Athanor, peut pratiquer malgré tout le grand Art. Il lui suffit d'intégrer le ciel sur la terre, en une cohérence géographique conduisant à la connaissance des rapports existant entre le macrocosme et le microcosme. La source de tous les espaces vivants se trouve dans la géographie sacrée. L'aspiration vers le divin y est si puissant que les hommes n'ont pas voulu d'autres sanctuaires que les fantaisies de la nature. Les mythes, aussi, nous fournissent une espèce de carte géographique et d'itinéraire pour nous orienter lors de notre quête sur la terre inconnue de notre inconscient. Tout ce qui survient dans le monde visible est l'effet d'une «image», d'une idée du monde invisible. par suite, tout phénomène visible n'est pour ainsi dire qu'une copie d'un événement suprasensible; cette copie est au point de vue du déroulement temporel, postérieure à l'événement suprasensible qu'elle reflète. Ces idée sont accessibles par intuitions immédiates aux Saints Hommes et aux Sages qui sont en contact avec ces sphères supérieures. Ces Saints Personnages sont capables d'intervenir de façon décisive dans les événements du monde. Ainsi l'homme constitue avec le ciel le monde supra sensible des idées et avec la terre, le monde corporel de la sphère visible.

 

L'exploration d'un terrain ne correspond donc pas à une surface, mais dans un volume; et non pas en un point, mais sur un ensemble: le point cherché se déduit de l'ensemble. Deux axes y sont unis : l'un vertical, reliant ciel et terre, et l'autre, horizontal, celui de la manifestation. En tant que projection du ciel, la carte du MINERVOIS devient un espace total mais à une échelle cosmique, c'est à dire plus grande que l'homme et trop grande pour l'homme. Pour communiquer avec cet espace cosmique, l'homme va créer un espace intermédiaire ou espace médiateur. Ainsi l'espace humain pourra s'intégrer dans le plus grand espace cosmique par l'intermédiaire de l'espace médiateur ou architectural. Le Temple de RIEUX offre à l'homme une clé pour pénétrer l'énigme de son destin.

 

Il y avait dans l'antiquité une géographie sacrée ou sacerdotale, et la position des citées et des temples n'était pas arbitraires, mais déterminée d'après des lois très précises; le Timée de Platon parait contenir, sous une forme voilée, certaines allusions à la science dont-il s'agit : Rapport entre constructeur et sacerdoce, entre art Royal et art Sacerdotal, utilisateur et constructeur des Temples, des Villes...

 

Eugène Canseliet dans sa seconde préface du Mystère des Cathédrales précise : «Il est indispensable de bien méditer que le ciel et la terre, quoique confondus dans le Chaos cosmique originel, ne sont pas différents en substance ni en essence, mais le deviennent en qualité, en quantité et en vertu. La terre alchimique, chaotique, inerte et stérile, ne contient - elle pas néanmoins le ciel philosophique» ?

 

Mais revenons à notre sujet. L'homme se régénère quand il déchiffre sa terre et toute recherche est une quête intérieure. Pour ceux qui ne possèdent pas de terre, pour ceux qui viennent «ils ne savent d'où», c'est un réel miracle que de prendre racine à l'endroit de son choix. Ce terrain existe pour chacun, il est simple, logique, naturel et à la taille de notre destin.

 

L'Ordre cosmique projette sur terre des énergies magiques qui ont pour effets de délimiter un espace sacré appelé «MINERVOIS».

 

Une voix intérieure interpelle et dit : «VOICI TA TERRE». Le Divin du ciel céleste est entré en fusion en notre ciel philosophique et tout s'éclabousse en projection de lumière qui crée les villages et les rivières, en notre coeur et peut être aussi sur la terre.

 

Le tourisme suffit quelquefois au plaisir du promeneur, mais il entraîne lentement le chercheur dans un monde étrange peuplé de rêves symboliques.

 

Les anciens pour déterminer l'emplacement d'un lieu, d'une terre, d'une ville , lissaient l'horoscope du lieu. Ils choisissaient tout d'abord un point d'eau, élément indispensable à la vie. D'après Cicéron, dans son ouvrage « De Divinatione », l'augure, muni d'un instrument de visée, le lituus, dont la crosse épiscopale tire son origine, délimitait une portion de la voûte céleste appelée TEMPLUM; le Templum, reporté sur le sol, formait le plan de la ville à naître; au centre, où serait élevé le temple proprement dit, l'on plantait ensuite un mât, cadran solaire dont l'ombre portée, tournant comme la branche mobile d'un compas, permettait de tracer l'enceinte; l'on matérialisait enfin celle-ci par un sillon tracé à la charrue; chaque fois que l'augure lui en donnait l'ordre, le laboureur levait le soc là où les portes devaient prendre place. Chaque ville était ainsi comme le calque d'un morceau du ciel et ses portes correspondaient aux «portes du ciel». Le temple est un reflet du monde divin. Il est à l'image de ce divin. Le temple est une réplique des archétypes célestes et des images cosmiques. L'univers est conçu comme un temple, lui-même lié à l'observation des astres. Le Templum signifiait primitivement le secteur du ciel que l'augure romain délimitait à l'aide d'un bâton et dans lequel il observait, soit les phénomènes naturels, soit le passage des oiseaux; il en est venu à désigner le lieu, ou l'édifice sacré, où se pratiquait cette observation du ciel. De même le grec «temenos», qui vient du même radical indo-européen tem (couper, délimiter, partager) signifiait l'endroit réservé aux dieux, l'enceinte sacrée entourant un sanctuaire et qui est un lieu intouchable. Le Temple est l'habitation de Dieu sur la terre, le lieu de la présence réelle. Aussi le temple se situe t-il à l'aplomb du Palais céleste, et partant, au centre du monde. L'espace en naît et s'y résume. Résumé du macrocosme, le temple est aussi l'image du microcosme : il est à la fois le monde et l'homme. Le Temple étant une image du cosmos, ses dimensions ne peuvent être définies.

 

Pour vivre dans le monde, il faut le fonder. La révélation d'un espace sacré permet d'obtenir un «point fixe», de s'orienter dans l'homogénéité chaotique, «de fonder le monde» et de vivre réellement. La découverte ou la projection d'un point fixe, «le centre», équivaut à la création du monde. La valeur cosmogonique de l'orientation rituelle et de la construction de l'espace sacré implique la révélation. Il subsiste des endroits privilégiés, qualitativement différents des autres : ce sont les «lieux saints» de son univers privé. A l'intérieur de l'enceinte sacrée, le monde profane est transcendé et s'exprime par différentes images d'une ouverture : là, dans l'enceinte sacrée, la communication avec les dieux est rendue possible; par conséquent, il doit exister une «porte» vers l'en-haut, par où les dieux peuvent descendre sur la Terre et l'homme peut monter symboliquement au ciel. Le Temple constitue à proprement parler une «ouverture» vers le haut et assure la communication avec des dieux.

 

Tout espace sacré implique une hiérophanie, une irruption du sacré qui a pour effet de détacher un territoire du milieu cosmique environnant et de le rendre qualitativement différent.

 

Faire sien un lieu oblige à se sédentariser et à défricher une étendue. Cela comprend bien entendu la surface dont il est question, mais aussi tout le volume circonscrit délimité par la surface qui monte jusqu'aux cieux. Deux directions se conjuguent en une croix principielle de la manifestation et génèrent alors les «lieux sacrés» de notre univers privé.

 

La nature tout entière est susceptible de se révéler en tant que sacralité cosmique. Le cosmos dans sa totalité peut devenir une hiérophanie, à savoir, quelque chose de sacré qui se montre à nous. En manifestant le sacré, le MINERVOIS devient autre chose, sans cesser d'être lui-même, car il continue de participer à son milieu cosmique environnant.

La Théophanie consacre un lieu par le fait même qu'elle le rend «ouvert» vers en haut, c'est à dire, communiquant avec le ciel, point paradoxal de passage d'un mode d'être à un autre. Certains sanctuaires sont des «Portes des Dieux», lieux de passage entre le Ciel et la Terre.

 

Le rituel par lequel l'homme construit un espace sacré est efficient dans la mesure où il reproduit l'œuvre des dieux. D'où la nécessité de construire rituellement l'espace sacré par des techniques de constructions de l'espace sacré.

 

Défricher sa Terre est la répétition d'un acte primordial; la transformation du Chaos en Cosmos par l'acte divin de la Création. On ne fait «sien» un territoire qu'en le «créant» de nouveau, c'est à dire en le consacrant. La cosmisation des territoires inconnus est, toujours une consécration : en organisant un espace, on réitère l'œuvre exemplaire des dieux.

 

Le poteau, axe cosmique, permet de communiquer avec le domaine céleste. Or, l'existence humaine n'est possible que grâce à cette communication permanente avec le Ciel. On ne peut vivre sans une «ouverture» vers le transcendant; en d'autres termes, on ne peut pas vivre dans le «Chaos». Se «situer» dans un lieu, l'organiser, l'habiter, autant d'actions qui présupposent un choix existentiel: le choix de l'Univers que l'on est prêt à assumer en le «créant». Le poteau sacré soutient le monde et assure la communication avec le Ciel. Nous avons ici le prototype d'une image cosmologique qui a connu une grande diffusion : celle des piliers cosmiques qui soutiennent le Ciel tout en ouvrant la voie vers le monde des dieux.

 

Le fameux Irmensûl, poteau sacré des saxons soutenait presque toutes choses. Là où s'enfonce dans le ciel la colonne se trouve la «porte du monde d'en haut».

 

L'image visible de ce pilier cosmique est, dans le ciel, la Voie lactée.

 

Le cri du néophyte : «Je suis au Centre du Monde» !, nous révèle d'emblée une des significations les plus profondes de l'espace sacré. Là où, par la voie d'une hiérophanie, s'est effectuée la rupture des niveaux, s'est opérée en même temps une «ouverture» par en haut (le monde divin ) ou par en bas (les régions inférieures, le monde des morts).

 

Les trois niveaux cosmiques - Terre, Ciel, régions inférieures - sont rendus communicants. Une telle colonne cosmique ne peut se situer qu'au centre même de l'Univers, car la totalité du monde habitable s'étend autour d'elle. Un lieu sacré constitue une rupture dans l'homogénéité de l'espace.

 

Cette rupture est symbolisée par une «ouverture», au moyen de laquelle est rendu possible le passage d'une région cosmique à une autre (du Ciel à la Terre et vice versa : de la Terre dans le monde inférieur).

 

La communication avec le Ciel est exprimée indifféremment par un certain nombre d'images se référant toutes à l'AXIS MUNDI : pilier, échelle, montagne, arbre, etc... Autour de cet axe cosmique s'étend le Monde, par conséquent l'axe se trouve «au milieu» dans le « nombril de la Terre», il est le centre du Monde. «Notre Monde» est une terre sainte parce qu'il est l'endroit le plus proche du Ciel; notre monde est donc un «haut lieu».

 

Le MINERVOIS est le Centre et le cœur du Monde. Tout comme le cœur se trouve au milieu du corps, «Le Minervois est le plus précieux de tous les autres pays parce qu'il est situé au milieu du Monde».

 

Le Temple de RIEUX est à proprement parler une Montagne cosmique : les sept colonnes figurent les sept cieux planétaires, en les parcourant, l'impétrant parvient au sommet de l'univers.

 

 

Cette ascension équivaut à un voyage extatique au Centre du Monde; en atteignant la terrasse supérieure, le pèlerin réalise une rupture de niveau; il pénètre dans une «région pure», qui transcende le monde profane.

 

Le «Vrai Monde» se trouve toujours au «Milieu», au «Centre», car c'est là qu'il y a rupture de niveau, communication entre les trois zones cosmiques. Il s'agit toujours d'un cosmos parfait, quelle qu'en soit l'étendue.

 

Un pays tout entier, une ville, un sanctuaire représentent indifféremment une imago mundi. Le Minervois, Rieux, le Temple de Rieux représentent chacun et simultanément l'image de l'Univers et le Centre du Monde.