Enfance

Naissance à trois ans

 

Ombres sibyllines qui peuplez ma mémoire

Qui passez dans les brumes de mes jeunes années

Je vous découvre encore hantant la chambre noire

De ma seconde naissance dans les bouquets fanés.

 

Les persiennes fermées m’infligent les effets

De violentes frayeurs en un monde inconnu.

Près de moi un grand lit dont les draps sont défaits

Une armoire, un fauteuil, tout me semble inconnu.

 

Il me semble qu’ailleurs il y ait quelque bruit

Une présence inquiétante d’un danger mal venu

Je m’oblige au silence, j’ai déjà peur d’autrui.

 

Je fais croire que je dors et une douce voix

Me parle près de l’oreille, me souhaite la bienvenue

Je m’éveille, j’ai trois ans, ma grand-mère est en joie.

 

Dessin pour la nouvelle année 1953. Ce fameux hiver 53 lors duquel l’Abbé Pierre lança l’appel pour les sans logis et qui me vit quêter du charbon pour les pauvres tous les jeudi en remplacement du catéchiste.